Bien choisir ses huiles essentielles : critères de qualité

Bien acheter ses huiles essentielles

La plupart des conseillers sérieux invoquent à juste titre 5 ou 6 critères orientant le choix des huiles essentielles. Ils sont souvent regroupés sous le sigle HEBBD (Huile Essentielle Biologiquement et Biochimiquement définie) qui s'il n'est pas expliqué n'a pas une grande valeur. C'est bien, mais souvent très insuffisant. Ces critères sont les suivants :

  1. Le nom scientifique de la plante, en Latin. C'est ce nom qui définit précisément l'espèce. Il est primordial de le connaître. Par exemple, demander de l'Eucalyptus est insuffisant : L'Eucalyptus radiata est un très bon décongestionnant des voies aériennes supérieures, l'Eucalyptus globulus sera efficace sur les affections broncho-pulmonaires, L'Eucalyptus citriodora sera un très bon anti-inflammatoire musculo-articulaire, Les Eucalyptus smithii, polybractea, dives, staigeriana ou campanulata auront des propriétés encore différentes. Dans certains cas, on trouve plusieurs noms latin selon que la plante ait été décrite à plusieurs époques, dans différentes régions et par des botanistes différents. C'est le cas de la verveine odorante ou citronnée (Lippia citrodora, Aloysia citriodora, Aloysia triphylla...), elle même à ne pas confondre avec la verveine exotique (Litsea citrata ou cubeba). En général, les taxonomistes choisissent un nom principal, les autres restant secondaires. Le site Tela Botanica recense la plupart des plantes françaises, leurs différents noms scientifiques et vernaculaires en leur attribuant un nom botanique principal qui fait aujourd'hui autorité auprès de tous les taxonomistes.
  2. L'origine géographique. La composition chimique d'une huile essentielle varie en fonction de nombreux critères dont le biotope. L'hélichryse italienne de Corse ou de Sardaigne  par exemple sera généralement plus riche en diones hémostatiques qu'en néral et acétate de néryle, plus aromatiques. Cela est dû au terroir shisteux particulier de ces régions. L'hélichryse italienne (ou immortelle) en provenance des Balkans restera intéressante, mais aura une efficacité nettement amoindrie. En général, des huiles d'origine différente présenteront des profils chromatographiques différents. Ces différences parfois minimes, peuvent être dans certains cas suffisamment importantes pour conférer à l'huile essentielle de nouvelles propriétés.
  3. L'équipement chromosomique de la plante peut aussi jouer un rôle majeur. La polyploïdie définit souvent un chémotype particulier. C'est le cas de l'Acore calamus ou roseau odorant (Acorus calamus) : L’huile essentielle des plantes tétraploïdes à 48 chromosomes (Régions orientales et tropicales du sud de l’Asie) aura une forte teneur en β-asarone (jusqu’à 90%), alors que les plantes triploïdes (hybrides) avec 36 chromosomes (Européennes) en contiennent moins de 5 % et les diploïdes qui ne comportent que 24 chromosomes (de l’Amérique du Nord à la Sibérie) n’en contiennent pas du tout. La β-asarone est une cétone réputée neurotoxique.
  4. L'organe distillé. Tous les organes ne contiennent pas les mêmes principes actifs et selon que l'on distille la fleur, le rameau feuillu, la plante entière, la racine, la graine, le bois... on obtiendra des huiles essentielles parfois très différentes. Le meilleur exemple sera l'orange bigarade ou orange amère. L'expression du zeste donne l'essence d'orange amère ou bigarade, la distillation de la fleur donne l'huile essentielle de néroli et la distillation du rameau feuillu donne l'huile essentielle de petit grain bigarade.
  5. Le chémotype, type ou race chimique (abbréviation : CT). Pour une même espèce, il existe plusieurs races chimiques selon le biotope (Altitude, exposition, nature et richesse du sol, température, pluviométrie...). C'est le cas du thym (Thymus vulgaris) qui comporte jusqu'à 12 chémotypes ! Selon l'environnement et le climat, le thym dévelopera plus ou moins certaines molécules : Linalol, thymol, 4-thujanol, géraniol, bornéol, etc.. Le chémotype ne correspond pas systématiquement à la molécule prédominante, mais précise la molécule qui définit les propriétés particulières de l'huile essentielle.
  6. La composition biochimique. A ne pas confondre avec le chémotype. Il s'agit de l'analyse par chromatographie gazeuse de la composition chimique de l'huile. Une huile peut contenir jusqu'à 300 molécules différentes. La connaissance de sa composition doit permettre à un professionnel sérieux et expérimenté de connaître la qualité de l'huile essentielle et ses effets. De plus, la connaîssance du profil chromatographique permet de réaliser des synergies équilibrées et adaptées. Il n'y a pas pire que certain mélanges ou sprays contenant une dizaine, voire une cinquantaine d'huiles essentielles avec le 1-8, cinéole redondant dans certains mélanges respiratoires ou le limonène (allegène puissant) dans des proportions dépassant parfois les 50% dans des sprays détente ou des "brumes d'oreiller. Enfin, ce profil chromatographique confirme la qualité de l'huile essentielle : Une huile essentielle d'hélichryse italienne de Corse ou de Sardaigne aura un chromatogramme présentant un taux d'italidiones nettement plus élevé que la même huile essentielle en provenance des Balkans. 
  7. Le mode de culture de la plante : sauvage, bio, naturelle, Déméter, conventionnelle. Dans bien des cas, une plante sauvage sera toujours plus stressée et produira souvent de principes actifs en plus grande quantité (C'est le cas de la carotte sauvage ou de l'achillée millefeuille). Parfois ce sera l'inverse (L'angélique archangélique de la région de Niort est bien plus intéressante que l'angélique sylvestre sauvage). Dans tous les cas, il n'est pas nécessaire derisquer de concentrer des pesticides en distillant des plantes traitées chimiquement.
 

Bien souvent les informations se recoupent. La lecture du chromatogramme donne le chémotype ; L'origine géographique, l'équipement chromosomique et le mode de culture influent sur la composition biochimique. Pour cette raison, nous ne nous contentons pas de ces critères de choix. Nous ajouterons des notions plus subtiles qui prennent toute leur valeur avec les huiles de production artisanale :

  1. Une distillation à basse pression ou pression atmosphérique : En distillant à basse pression, on exprime mieux les composés non volatiles de l'huile essentielle et la plante est moins agressée par une montée trop rapide en température. Les principes actifs n'en sont que mieux préservés. Une pression élevée permet d'obtenir un rendement supérieur, mais le produit est souvent de qualité moindre.
  2. Une distillation complète : La distillation à pression atmosphérique est plus longue, et plus complète. Elle permet d'exprimer des molécules plus lourdes, telles que les phénols (Carvacrol, thymol...), souvent très puissantes et qui passent tard dans le processus de distillation. Cas particulier de l'Ylang-ylang : on produit des Huiles Essentielles en distillation de durée différente, la première partie de la distillation, ou HE Ylang-ylang extra très parfumée, parfois des distillations intermédiaires et la complète qui comprend toutes les qualités thérapeutiques.
  3. La qualité de l'eau de distillation : Une eau de source pure, de montagne est idéale pour éviter tout résidu des traitements de l'eau. L'eau du robinet même déminéralisée ou filtrée contient des traces de nombreuses substances chimiques. Même après distillation on peut retrouver certaines traces.
  4. Le temps de séchage : Les huiles industrielles sont souvent distillées "en vert", immédiatement après récolte ; le rendement n'en est que supérieur, au détriment de la qualité. Selon la plante et l'organe distillé, un temps de séchage adapté permettra de mieux concentrer les principes actifs ( 3 à 5 jours pour la lavande). Une distillation en vert est parfois indispensable. C'est le cas de la mélisse, du plantain, de la rose... à l'inverse, le temps de séchage peut être beaucoup plus long pour certaines plantes.
  5. Le mode de récolte : Une plante récoltée manuellement sera moins stressée (cela va de pair avec la distillation à base pression). De plus, une récolte mécanique ne permet pas un tri et l'on retrouve au milieu de la plante quelques mauvaises herbes, les limaces et nids d'oiseaux et même les cailloux... La période de récolte, et même l'heure et les conditions climatiques jouent un rôle. Une plante récoltée à maturité, à l'heure où les follicules sécréteurs sont plus ouverts et par temps sec produira une huile supérieure.
  6. Le choix de l'alambic : Selon la plante, les résultats seront meilleurs avec le cuivre ou l'inox. Il est préférable de distiller la lavande en alambic cuivre alors que les conifères donneront souvent une huile de meilleure qualité en alambic inox. Interviennent aussi la forme de l'alambic, la distance entre générateur de vapeur et cuve etc. Tous ces paramètres qui ne relèvent après tout que de l'Art du distillateur !
  7. Le cru : Comme pour les vins, une huile issue d'une même récolte et d'un même terroir sera typée et variable d'une année sur l'autre. Bien que se conservant, une huile de l'année sera probblement plus adaptée aux maux de l'année... Ne dit-on pas aussi que l'on pourrait ne se soigner qu'avec des plantes que l'on trouve à moins d'une journée de marche de chez soi ? Plus qu'une DLUO ou une DMM, il faudrait indiquer un Millésime sur les flacons d'huile essentielle. Beaucoup d'huiles essentielles s'améliorent en vieillissant malgré les modifications chimiques qui peuvent s'effectuer dans le temps. Il faudrait arriver à considérer les huiles essentielles comme les vins... Pourquoi ne pas créer des grands crus classés? Certaines le mériteraient !
  8. En résumé, bien connaître le producteur : Il faut pouvoir établir une relation de confiance avec celui-ci. C'est sa démarche qui sera le critère déterminant. Les dispositions légales prétendant encadrer la distillation font preuve de trop de souplesse. La loi a permis aux industriels et aux produits d'importation de s'engouffrer sur un marché de niche et d'ouvrir la porte à des produits bas de gamme. Par exemple, certaines huiles "dites essentielles" labellisées Bio ont été vendues sur internet, surtout aux Etats Unis, contenaient 70% de produits chimiques ou de synthèse. De même, la loi française utorise la commercialisation d'hydrolats obtenus à raisonde 40 litres par kg de plante. Les hydrolats sérieux sont produits à raison d'un litre par kg maximum ! 
 

Bien sûr, il est difficile de réunir tous ces critères. Pour cette raison, nous privilégions toujours les petits producteurs chez lesquels on retrouve beaucoup d'entre-eux. L'analyse biochimique et le chémotype ne sont bien souvent qu'un reflet de la démarche du producteur. En magasin, il est aussi important d'avoir un conseil avisé. C'est là le vrai rôle de l'Herboriste : connaître ses producteurs, ses produits, conseiller la prudence et orienter vers un médecin aromathérapeute. Dans tous les cas, le diagnostic est primordial d'où l'importance de consulter un médecin aromathérapeute.

© Nicole et Olivier LHOMME, NICOLL-Nature, contact@herboristeriedeshautesalpes.fr. Toute forme d'utilisation de ce texte doit obligatoirement faire référence à ses auteurs.