L'encens : un cadeau royal

L'encens : un cadeau royal à redécouvrir

Historique

L'encens ou oliban, bien que mentionné dans le Nouveau Testament (Luc 1, 10 ; Matthieu 2, 11), est souvent associé à la Reine de Saba (Jérémie 6, 20 ; Isaïe 43, 23-24 ; 60, 6), il est très souvent cité dans l’Ancien Testament comme parfum du sanctuaire (Exode 30, 34), comme offrande (Lévitique 2, 2 ; 2,16 ; 6, 15 ; 24, 7), comme symbole du Nom de Dieu (Malachie 1, 11 ; Cantique de Salomon 1,3 ; 3, 6 ; 4, 6 ; 4, 14), comme utile à la prière (Psaume 141, 2 ; Luc 1, 10 ; Révélation 5, 8 ; 8, 3), comme offrande à l’Enfant Jésus (Matthieu 2, 11) ... L’encens, comme la myrrhe qui lui est souvent associée (Cantique de Salomon 3, 6 ; 4, 6) est déjà mentionné dans des inscriptions égyptiennes du XVIIème siècle avant Jésus-Christ. Il a toujours occupé une place particulière parmi les aromates utilisés largement par les peuples de l’antiquité. Alors que le nard, le térébinthe, l’opoponax ou l’élémi étaient utilisés par les Égyptiens, Chaldéens, Assyriens, Hébreux, Grecs (Hérodote) et Romains (Pline l’Ancien) dans des huiles parfumées pour le corps et les cheveux, l’encens a toujours eu un usage religieux. À l’origine, il masquait sans doute l’odeur des entrailles fumantes des bêtes offertes en sacrifice. Cette tradition s’est perpétuée et aujourd’hui encore, l’autel est encensé deux fois pendant la messe.

Beaucoup de gens aujourd'hui apprécient l'odeur de l'encens dans une salle de séjour lorsqu'ils font une fête avec les amis. Ils chassent ainsi les mauvaises odeurs pour accueillir leurs visiteurs. Sans le savoir, ils purifient un lieu comme le faisaient les rois de jadis. L'encens de la liturgie biblique est également un moyen de purification, il exprime notre volonté de purifier nos cœurs pour que Dieu y habite en l'absence du péché. De tous les parfums, l'encens est certainement celui qui a le passé le plus prestigieux. On le considérait dans l'Antiquité comme plus précieux que l'or et la route de l'encens a fait la fortune de plusieurs royaumes arabes. C’est pour cela que les Rois Mages en ont offert avec l’or et la myrrhe à l’enfant Jésus.

C’est le Dr. H. J. Carter, chirurgien de la Compagnie des Indes Orientales qui en 1846 fut le premier à étudier scientifiquement l’encens. Il s’agissait probablement de Boswellia sacra de Somalie. Son nom fut par la suite donné au Boswellia carterii. Le nom scientifique de l’encens de Somalie, d’Oman ou du Yemen est : Boswellia sacra Fleuck (syn. B. carterii Birdw.)

Botanique et récolte

L'encens est une résine recueillie sur diverses variétés d'un arbre, le Boswellia (Burdwood, G. C. M.,1870). C’est un petit arbre de la famille des Burceraceae (ex. Terebintaceae), de deux à huit mètres de haut. Dotés de plusieurs troncs, les arbres qui croissent sur des pentes escarpées développent un renflement en forme de coussin à la base du tronc qui adhère au rocher et leur assure une certaine stabilité. Les jeunes branches sont recouvertes de duvet. Il pousse dans les régions sèches du nord-est de l'Afrique et du sud de la péninsule Arabique. Il tolère les situations très exposées et on le retrouve souvent sur les pentes rocheuses et dans les ravins, jusqu'à une altitude d'environ 1 200 m. Selon certains auteurs, les spécimens produisant la meilleure oléorésine croissent à une altitude supérieure à 2000ft. Il préfère les sols calcaires. Plus de 25 espèces et de nombreuses sous espèces ont été caractérisées.

Boswellia carterii, sacra, frereana (ou Boswellia Bhaw-dadjiana) ou papyfera se développent au Yémen, à Oman, en Ethiopie et en Somalie (Thullin, M. & Warfa, A. M., 1987).
Boswellia papyfera se rencontrera en Afrique de l’Est, en Ethiopie et au Soudan.
Boswellia serrata (ou Boswellia thurifera) est spécifique du sub-continent indien.
                                     Boswellia neglecta croit au Kenya.
                                     Boswellia ameero, B. elongata, B. javanica, B. nana et B. propoviana se rencontrent sur l’ile Socrate.

La résine est récoltée en pratiquant une incision peu profonde dans le tronc ou les branches de l'arbre et en retirant une étroite bande d'écorce. Il s'en écoule une sève laiteuse, qui coagule au contact de l'air et que l'on ramasse ensuite à la main. Selon Pline (Histoire Naturelle XII, 41 et XII, 60), « en automne, on recueille le produit exsudé l'été ; c'est l'encens le plus pur, il est blanc. La seconde récolte se fait au printemps, sur des incisions faites en hiver. L'encens qui en sort est roux et ne vaut pas le précédent. Le premier est dit carfiathe (dérivé de kharîf : automne en langue sudarbique) et le second dathiahte (dérivé de datha : printemps en langue sudarabique) ». Si l’encens vient du latin insensum (chose brûlée), le mot oliban (Français) vient de libnay en Sabéen ; libanos, libanôtos en Grec ; libanus, libanum, olibanum en Latin. Quant au nom anglo-saxon « Frankincense », il fait simplement référence aux croisés Francs qui ont rapporté l’encens en Europe. C'est l'arbre mâle, haut de trois mètres à maturité, qui produit la résine, après une bonne dizaine d'années de maturation. L'écorce est incisée et les sécrétions de résine sont recueillies trois semaines plus tard. Les gouttes de résine séchées sont appelées « larmes d'encens ». La majorité de l’encens de Somalie est acheté par l’ Eglise Catholique.

Tout récemment, une équipe de chercheurs de l’Université de Nice-Sophia-Antipolis a identifié les deux composants odorants responsables de cette odeur si caractéristique de « vieille église » qui caractérise l’encens. Il s’agit de deux acides olibaniques : les acides (+)-trans- et (+)-cis-2-octylcyclopropyl-1-carboxylique. Leur faible concentration dans la résine (quelques ppm.) n’avaient pas encore permis leur identification.

L'huile essentielle d'encens

L’huile essentielle d’encens est produite par distillation à la vapeur d’eau des larmes de résine. Elle est constituée principalement de mono- et sesquiterpènes, de mono- et sesquiterpénols et de cétones (Wooley C.L. et al., 2012 ; Hayashi S., 1998 ; Frank A. & Unger M., 2006). On note la présence de diterpènoÏdes en petite quantité. Ce sont ces diterpènoïdes (acides olibaniques) qui sont responsables de cette odeur si recherchée de « vieille église » (Cerruti-Delasalle C. et al., 2016).

Contrairement à ce que peuvent penser certains auteurs, l’huile essentielle d’encens ne contient aucun triterpène (tels que les acides boswelliques connus pour leur action anticancéreuse). Les triterpènes sont trop lourds pour être entraînés par la distillation.

On peut très schématiquement définir cinq chémotypes d'encens distillé selon l'espèce et l'origine géographique (Woolley, Cole L., 2012):

Le type α-thuyène, principalement produit à partir de Boswellia serrata, d'origine indienne (Béloutchistan). Il est intéressant pour son rendement de distillation élevé (10 %) et son prix. Ses qualités aromatiques sont limitées.

Les types α-pinène, issus de trois résines d'origine différente :
      Boswellia sacra, d'Oman, avec un rendement de 9 à 10 % dont l'huile essentielle présente un un taux d'α-pinène allant jusqu'à 80 %.
      Boswellia carterii, de Somalie, avec un rendement de distillation de 5 à 6 %, dont l'huile essentielle contient 30 à 60 % d'α-pinène.
      Boswellia frereana, de Somalie, dont le rendement de distillation est faible (2 %) et avec un taux très variable d'α-pinène (2 à 67 %).

Le type oxyl-acétate, issu de Boswellia papyfera, d'Ethiopie, présentant un taux d'oxyl-acétate entre 60 et 70 % pour un rendement de distillation de 2 %.

Le type limonène, plus rare, issu de Boswellia carterii, contenant 25 à 30 % de limonène, pour un rendement de distillation de 5 à 6 %.

Enfin, les types méthoxydécane, observé dans certains lots issus de Boswellia carterii et Boswellia frereana, mais très rarement commercialisé. Ce type contient de 20 à 60 % de méthoxydécane.

Ces différents types chimiques d'encens ne font encore l'objet d'aucun chémotype et c'est certainement l'objet d'une évolution de leur classification dans les prochaines années, dans la mesure où ces variations entraînent des indications thérapeutiques différentes. Dans tous les cas, ces molécules sont toujours présentes dans les différentes espèces et origines de Boswellia. Aujourd'hui, l'encens le plus courant est le Boswellia carterii de Somalie, mais la plupart des huiles essentielles d'encens que l'on trouve sur le marché sont des mélanges de ces cinq chémotypes et présentent des profils chromatographiques variables selon les lots.

 

 

Resines d encens

 

Propriétés et usage de l'huile essentielle d'encens

Bien que les études sur les différents chémotypes et/ou espèces de Boswellia soient quasi inexistantes, on peut définir certaines propriétés communes aux huiles essentielles d'encens, quelque soit leur origine (Hamidpour, S., 2013) :

L'huile essentielle d'encens est expectorante, anticatarrhale, stimulante des défenses immunitaires, anti-infectieuse, antifongique. En diffusion, elle va purifier l'air, lutter contre les affections respiratoires et dégager les bronches.

Toujours en diffusion, ses propriétés antidépressives, déstressantes et calmantes favorisent la méditation, l'élévation de l'esprit et éloignent les idées noires.

En usage cutané (jamais pure), elle est cicatrisante, aide à soigner les plaies et les furoncles, contracte et tonifie les tissus, stabilise la sécrétion de sébum des peaux grasses et acnéiques, retarde le vieillissement de l'épiderme et repousse l'apparition des rides.

L'encens a été mentionné dans diverses publications récentes pour ses propriétés antitumorales (Hamidpour, S., 2013). Il semble que ces propriétés soient dues à cinq acides pentacycliques triterpéniques appelés aussi acides boswelliques (dont l'acide 3-O-acétyl 11-kéto-β-boswellique ou AKBA). Ces acides boswelliques sont extraits de l'oléorésine, mais de masse trop importante pour être entraînés dans l'huile essentielle.

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Date de dernière mise à jour : 08/06/2021

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